[Avis lecture] Enquêtes dans un Paris imaginaire

Bonjour à tous ! 🙂

Aujourd’hui, je vous emmène à Paris. Mais pas dans le Paris contemporain, ni dans le Paris de vos ancêtres, non. Je vous emmène dans un Paris imaginaire. Avec deux romans récents de fantasy, nous allons partir à la découverte du Paris de la Belle Époque et, au fil d’enquêtes, nous découvrirons qu’il s’y passe des évènements surnaturels. Imaginées par des auteurs français, ces deux versions de Paris nous propulsent dans des univers stempunk très chic où le port du chapeau haut de forme et la fréquentation de salons privés sont le quotidien des protagonistes. Mais de sombres individus vont les amener à se promener dans le cimetière du Père-Lachaise ou en d’autres lieux bien étranges.

Dans cet article

Le Paris des Merveilles, tome 1 : Les enchantements d’Ambremer, Pierre Pevel, éd. Bragelonne (2003), 382 pages, 💙💙💙
La 25e heure, première enquête, Feldrik Rivat, éd. de L’Homme Sans Nom (2015), 436 pages, 💛💛

LÉGENDE

 Pas aimé 😕
 Bof 😕💛
 Pas mal 💛💛
 Bon livre 💙💙💙
 Très bon livre 💚💚💚💚
 Coup de cœur 💜💜💜💜💜

Un mot sur les genres littéraires

Si comme moi vous aimez les genres de l’imaginaire et les classements, il est possible que vous soyez intrigués par le genre de ces deux ouvrages. En effet, j’ai parlé de steampunk, d’enquêtes, de Belle Époque et de surnaturel. Puis nous croisons dans les deux roman Georges Méliès, un homme ayant réellement existé. Alors, ces livres font-il partie de la science-fiction, de la fantasy, du fantastique ou du policier ?

C’est une question compliquée car les ouvrages rattachés au steampunk (le terme ‘steampunk’ désigne des uchronies ayant pour cadre l’époque victorienne et les inventions du début de la révolution industrielle) sont probablement les plus difficiles à classer. En effet, une uchronie (réécriture de l’Histoire) peut, par essence, se décliner en de multiples genres littéraires. De plus, si le steampunk était à l’origine un sous-genre de la science-fiction (à l’instar du cyberpunk), il existe désormais des œuvres steampunk de fantasy (lorsque la magie y apparaît).

Le roman de Pierre Pevel s’apparente beaucoup à de la fantasy urbaine, ce sous-genre de la fantasy caractérisé par la présence cachée de magie ou de créatures surnaturelles dans le monde que nous connaissons. Mais étant donné que dans l’univers du Paris des merveilles, tout le monde croise des fées et des chats ailés et que la tour Eiffel est faite d’un bois blanc lumineux, il s’agit plutôt d’une uchronie de fantasy steampunk. En effet, l’uchronie consiste en une réalité historique alternative. La fantasy historique concerne la présence d’éléments féeriques et magiques à une époque donnée. Le steampunk, quant à lui, concerne le Paris de la Belle Époque et ses inventions.

Le roman de Feldrik Rivat se passe en 1888. Il a pour protagonistes des enquêteurs de police et il est structuré comme un polar. Mais l’enquête de La 25e heure concerne des créatures surnaturelles et plus précisément des morts qui semblent revenir à la vie dans les cimetières parisiens, à l’insu de tous. Ce livre est donc un roman de fantasy urbaine (car le surnaturel est dissimulé au monde réel). Mais nous pouvons aller plus loin encore dans le classement si nous considérons ces quelques points : le roman se déroule à l’ère victorienne, la présence des machines à vapeur n’y est pas surdéveloppée, il met l’accent sur l’enquête policière et respecte en grande partie les usages vestimentaires et façons de parler d’époque. Ce sont les caractéristiques de la gaslamp fantasy, un genre qui fait écho au roman gothique avec ses ruelles sombres, ses spectres et ses cimetières.

Pour en savoir plus, je vous conseille deux excellents articles du blog Monde fantasy : sur le steampunk et sur l’urban fantasy.

Paris dans la littérature… et moi

Avant de vous donner mon avis sur ces livres, je dois vous faire une confession : il y a quelque chose qui m’agace dans de nombreux romans dont l’histoire se déroule à Paris : c’est lorsque les auteurs décrivent les rues par leur nom, sans aucun autre élément distinctif, comme si tout le monde connaissait par cœur la capitale française. Dans un roman se déroulant dans n’importe quelle autre ville, on trouve « une grande avenue bordée d’arbres », « un boulevard dont les hautes façades se ressemblent » et « une longue rue sinueuse qui mène vers les hauteurs de la ville », mais dès que l’action se situe à Paris, soudain on nous sert du « boulevard de Sébastopol » ou de la « rue Daumier » et on est prié d’y avoir déjà mis les pieds pour pouvoir imaginer la scène correctement !

Ca n’a pas manqué, dans ces deux romans, et la non-connaisseuse des rues de Paris que je suis a été, encore une fois, exaspérée par cette succession de noms de rues sans description.

Bref, rien de bien important, juste un ressenti de lectrice que je voulais partager avec vous.

Je vous invite à découvrir mes chroniques sur d’autres livres qui se passent dans la capitale française :

BD Pablo (4 tomes), Julie Birmant et Clément Oubrerie, 💙💙💙
BD 
Jacques Prévert n’est pas un poète, Christian Cailleaux et Hervé Bourhis, 💚💚💚💚
THRILLER PSYCHO. D’après une histoire vraie, Delphine de Vigan, 💜💜💜💜💜
THRILLER Respire, Anne-Sophie Brasme, 💛💛
HISTORIQUE La part des flammes, Gaëlle Nohant, 💜💜💜💜💜

Mes avis

La 25e heure, première enquête, Feldrik Rivat, éd. de L’Homme Sans Nom (2015), 436 pages, 💙💙💙

Titre : La 25e heure, première enquête
Auteur : Feldrik Rivat
Editeur : L’Homme Sans Nom
Date de publication : 2015
Langue originale : français (France)
Genre : Fantasy urbaine — Uchronie — Steampunk — Enquête
Nombre de pages : 436
Date de lecture : mars 2018
Mon avis : Bon livre, 3/5, 💙💙💙

La Foire du livre de Bruxelles, c’est l’occasion de connaître de nouvelles maisons d’édition ! Lorsque je suis arrivée sur le stand de L’Homme Sans Nom, l’éditeur discutait du deuxième tome d’un livre avec quelqu’un qui avait été séduit par le premier. Conquise par les mots de l’éditeur et du lecteur, j’ai acheté le premier tome de cette duologie et j’ai profité du Printemps de l’Imaginaire francophone pour découvrir les éditions de L’Homme Sans Nom avec La 25e heure de Feldrik Rivat.

Après une introduction un peu trop longue à mon goût, qui nous présente le personnage de Louis Bertillon à la fin de sa vie, nous sommes plongés dans une histoire de profonation de tombes dans le Paris de la Belle Époque. Alors que se prépare l’Exposition universelle de 1889, de sombres individus sèment d’étranges fleurs et d’effroyables indices au gré de leurs méfaits. Nous suivons deux policiers enchapeautés, Bertillon et Lacassagne, qui mènent l’enquête durant cet hiver particulièrement rigoureux.

Ce roman de fantasy urbaine (et plus précisément de gaslamp fantasy) se démarque assurément par sa plume ultra travaillée. Pour moi, ce style est inégal : tantôt trop ampoulé, tantôt particulièrement savoureux, impossible de savoir si j’ai été charmée ou agacée. Mais il est indéniable qu’il contribue à la fascinante plongée dans cette époque où Georges Méliès proposait des spectacles mécaniques et où Gustave Eiffel installait sa tour d’acier. L’ambiance est extrêmement travaillée, les détails historiques abondent : le charme steampunk opère !

Il s’agit d’un roman assez érudit, qui distille habilement des connaissances foisonnantes en médecine et en littérature. On y trouve quelques clichés, mais ce qui m’a le plus dérangée, ce sont les nombreuses formules répétitives (« Lacassagne fait crisser le cuir de ses gants », « Bertillon remet ses semellières », « gifle le Khan ») dont la redondance détonne dans ce récit au style recherché. Par ailleurs, et cela fait écho à ce que je disais plus haut, j’ai été agacée par la mention de chaque rue empruntée dans ce Paris enneigé. Cela ralentit considérablement l’enquête, malheureusement, d’autant que le personnage principal est plutôt avare en commentaires durant ses promenades.

Homme longiligne et méticuleux, solitaire, peu bavard, mystérieux et obsédé par une étrange montre, Lacassagne n’a pas manqué de me rappeler le Thorn de Christelle Dabos.

Il y a de très bons éléments dans l’intrigue et j’ai adoré les relations entre certains personnages (notamment celle de Bertillon et son chef Goron) ainsi que la petite touche féministe dans un univers pourtant bien masculin. J’espère que cet aspect sera développé dans le second tome. La couverture, en tout cas, nous le laisse présager.

Les dialogues sont fluides et on se laisse emporter dans des scènes très cinématographiques. Mais on déplorera un début un peu lent, des longueurs et des lourdeurs qui font que j’ai toujours du mal à savoir si ce livre m’a plu.

Je lirai le deuxième tome pour voir où mène cette enquête, car du haut de la tour Eiffel aux catacombes en passant par le cimetière du Père-Lachaise, la morgue, les théâtres, clubs privés et maisons closes, on est assurément plongés dans un récit plein de rebondissements !

Si vous aimez les sociétés secrètes et autres sectes qui œuvrent dans l’ombre de la haute société, laissez-vous tenter par la lecture d’un extrait. (les premières pages du roman en pdf sur le site de l’éditeur).

Le Paris des Merveilles, tome 1 : Les enchantements d’Ambremer, Pierre Pevel, 382 pages, 💛💛

Titre : Le Paris des Merveilles, tome 1 : Les enchantements d’Ambremer
Auteur : Pierre Pevel
Editeur : Le Pré aux clercs / Bragelonne / Folio SF
Date de publication : 2003
Langue originale : français (France)
Genre : Uchronie de fantasy — Steampunk — Enquête
Nombre de pages : 382
Date de lecture : avril 2018
Mon avis : Pas mal, 2,5/5, 💛💛

Dans le cadre du PrinTemps de Lire, du Printemps de l’Imaginaire francophone et du challenge 12 mois 12 amis 12 livres, j’ai découvert un auteur qui m’intriguait depuis longtemps, Pierre Pevel. En effet, depuis que je m’intéresse à la fantasy francophone, j’entends souvent le nom de cet écrivain prolifique né en 1968.

Le premier tome de son Cycle d’Ambremer a récemment été réédité chez Bragelonne sous le nom Le Paris des Merveilles avec de superbes couvertures illustrées par Xavier Collette. Avant que Marine ne me le choisisse pour le challenge, j’avais été attirée par ces magnifiques objets-livres (désormais disponibles également au format poche chez Folio SF).

C’est vraiment un roman qui se lit d’une traite, sans prise de tête, ce qui convenait parfaitement à mon humeur du moment. Un roman détente, agréable et divertissant.

Par contre, j’ai été dérangée par les nombreux clichés et j’ai trouvé que les personnages étaient malheureusement bien trop peu creusés et donc pas attachants. Ils sont décrits de façon très caricaturale, et les lieux qu’ils occupent également.

Malheureusement, dans ce livre, « tout le monde il est beau tout le monde il est gentil » et les méchants sont juste méchants. L’enjeu sous-jacent – la guerre qui plane sur l’Outre-Monde – est bien trop trop manichéen. L’ensemble manque donc de profondeur. J’espère que cela est mieux développé dans les tomes suivants.

J’ai également été peu réceptive aux touches d’humour et le style ne m’a pas vraiment séduite.

Malgré ces réticences, j’ai fini par me laisser prendre au jeu. Écrite à la façon d’un roman-feuilleton, l’enquête est très prenante, il y a plein de rebondissements inattendus, des scènes cinématographiques et beaucoup d’action, le tout dans un univers qui, s’il est trop stéréotypé, est néanmoins fort bien construit. J’ai particulièrement aimé les intéressantes descriptions des différents mondes, des différentes magies et des nombreux peuples que Pevel intègre dans son Paris de fantasy.

Ce fut donc un sympathique divertissement, j’ai passé un bon moment, et je compte bien lire la suite, même si j’ai été déçue par le manque de nuances dans la construction des personnages et de l’intrigue. Plutôt destinée à la jeunesse, cette uchronie de fantasy plaira aux amoureux des fées et du Paris de la Belle Époque.

Les challenges littéraires

Dans cet article je vous parle de plein de challenges livresques alors voici où trouver les infos s’ils vous intéressent :

Le Printemps de l’Imaginaire francophone, créé par Zahardonia du blog Monde fantasy, met à l’honneur les auteurs francophones de science-fiction, fantasy et fantastique ainsi que les maisons d’éditions qui dédient une partie de leur catalogue à ces genres. // Mars, avril, mai.
> Tout savoir sur le Printemps de l’Imaginaire francophone 2018

Le PrinTemps de Lire, défi créé par Pumpkin and Cinnamon, Les mots de Maude et moi-même, est un défi saisonnier qui, dans la continuité du Challenge Cold Winter et du Pumpkin Autumn Challenge, propose des menus thématiques en lien avec le printemps. // Avril, mai.
> Tout savoir sur le PrinTemps de Lire

Le défi 12 mois, 12 amis, 12 livres, créé par La voix du livre, consiste à lire, pendant un an, à raison d’un livre par mois, des ouvrages tous genres confondus conseillés par nos proches. // Un an.
> Tout savoir sur mon défi 12 mois, 12 amis, 12 livres

 

Ailleurs sur le blog

D’autres romans d’imaginaire francophone récemment chroniqués :

FANTASY Le combat d’hiver, Jean-Claude Mourlevat, 💙💙💙
SF
La Compagnie des glaces, tome 1, G.-J. Arnaud💚💚💚💚 : j‘ai lu le deuxième tome dans le cadre du Printemps de l’Imaginaire francophone.

D’autres livres lus dans le cadre du challenge 12 mois, 12 amis, 12 livres :

HORREUR Shining, l’enfant lumière, Stephen King, 💚💚💚💚

J’espère que ces enquêtes parisiennes et surnaturelles vous ont plu !
Aimez vous la fantasy urbaine et les uchronies ?
Quel est 
votre livre favori qui se déroule dans les rues de Paris ?
Êtes-vous, comme moi, agacés par certains tics d’écrivains ?

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5 réflexions au sujet de « [Avis lecture] Enquêtes dans un Paris imaginaire »

  1. Ping : [Challenge] 12 mois, 12 amis, 12 livres | Rien de tel que…

  2. Très intéressant ton retour ! J’ai lu ces deux romans et je les avais adoré. C’est vrai que le style de Feldrik est particulier mais ça m’avait justement séduite, ce n’est pas le genre de roman qu’on trouve à tous les coins de librairie et j’aime bien ce style vieillot, ça me rappelle mes lectures du 19e siècle. Quant à Pevel, le Paris des Merveilles n’est pas sa meilleure saga mais elle se laisse lire et remplit son travail de bon divertissement. La suite m’a toutefois davantage parlé !
    Ah et comme toi je partage ton coup de gueule pour les rues :’) En petite belge, sérieux, c’est un brin lourd.

    Aimé par 1 personne

  3. Tes critiques, toute en nuance, ne me donnent pas envie de me laisser tenter par ce genre littéraire … j’attendrais un coup de coeur incontesté de ta part, afin de ne pas refermer en courant, ces livres qui déjà à priori me rebutent.
    enirehtac

    Aimé par 1 personne

    • Non, en effet, ce n’est pas ceux-là que je conseillerai à quelqu’un qui souhaite découvrir ce type de fantasy. Il faudra que j’observe mes bibliothèques pour de meilleures recommandations !

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