[Avis lecture – BD] Vie littéraire et artistique dans le Paris du début du XXe siècle

Bonjour à tous ! 🙂

Me voici enfin de retour pour vous parler de mes dernières lectures ! 😀 Après mes escapades littéraires au Japon, je me suis tournée vers d’autres thèmes très différents dont l’ouest américain et la vie littéraire et artistique du XXe siècle. C’est de cette dernière dont je vais vous parler dans l’article d’aujourd’hui en vous donnant mon avis sur des bandes-dessinées biographiques, l’une de Prévert, l’autre de Picasso. Pour ce thème, j’ai également lu un roman de Boris Vian, L’écume des jours, dont je vous parlerai prochainement.

Pablo Picasso (1881-1973), Jacques Prévert (1900-1977) et Boris Vian (1920-1959) se sont côtoyés alors que Paris devenaient la capitale internationale des arts et des avant-gardes et que se succédaient deux guerres mondiales. C’est donc une époque foisonnante qu’il est toujours intéressant de redécouvrir à travers des oeuvres où s’entremêlent donc vie artistique et contexte politique.

Dans cet article :

Jacques Prévert n’est pas un poète, Christian Cailleaux et Hervé Bourhis, éd. Dupuis (Aire Libre), 💚💚💚💚
Pablo (série de 4 tomes), Julie Birmant et Clément Oubrerie, éd. Dargaud, 💙💙💙

LÉGENDE

 Pas aimé 😕
 Bof 😕💛
 Pas mal 💛💛
 Bon livre 💙💙💙
 Très bon livre 💚💚💚💚
 Coup de cœur 💜💜💜💜💜

Jacques Prévert n’est pas un poète, Christian Cailleaux et Hervé Bourhis, éd. Dupuis (Aire Libre), 💚💚💚💚

Titre : Jacques Prévert n’est pas un poète
Auteurs :
– Scénario : Hervé Bourhis
– Illustrations : Christian Cailleaux
Editeur : Dupuis (Aire Libre)
Date de publication : 2014 pour le premier volume puis 2017 pour l’intégrale
Langue originale : français (France)
Genre : BD – Biographie
Nombre de pages : 232
Mon avis : Très bon livre, 4/5 💚💚💚💚

Florissant, fascinant, fourmillant, fantasque, faramineux, fabuleux, farniente, cet ouvrage est un véritable hommage au travail de Jacques Prévert, tant sur le fond que sur la forme. La narration est facétieuse. On y retrouve les jeux de langage qui plaisent tant à Prévert et des anecdotes de sa vie, de ses amitiés, ses amours et ses nombreux projets artistiques.

Lorsque j’ai suivi mon premier cours d’analyse de poésie à l’université, l’assistante nous a demandé de citer notre poète préféré. Les uns disaient Baudelaire ou Rimbaud, les autres ne trouvaient pas de nom car ils ne lisaient pas de poésie et moi, j’ai cité Prévert. La prof m’a regardée d’un air qui signifiait clairement « Mais Jacques Prévert n’est pas un poète !«  Alors, certes, il le disait lui-même, qu’il n’en étais pas un, mais pour moi les textes de Prévert ont toujours résonné comme des poésies car il manie merveilleusement l’art d’allier sens et sonorité des mots. Les jeux de langage et l’inventivité des textes du recueil Paroles m’ont continuellement séduite et inspirée. De plus, Le cancre et L’enterrement d’une feuille morte font partie des texte avec lesquels j’ai appris à lire, tandis que Pour faire le portrait d’un oiseau, appris par cœur, retentira toujours dans ma tête. Les écrits de Prévert, c’est donc un peu la nostalgie de mon enfance et ma découverte de tout ce qu’il est possible de faire avec les mots.

La bande-dessinée de Cailleaux et Bourhis commence par une biographie de quatre pages signée Carole Aurouet. J’ai été un peu surprise en la découvrant car pour moi, l’intérêt d’une telle BD est justement de nous faire découvrir la biographie de l’auteur sans avoir à lire un texte rébarbatif. Néanmoins, celui-ci à le mérite de nous remémorer des noms célèbres et des oeuvres connues qui seront évoqués en détail dans la BD.

Et des noms célèbres, on en croise ! Né en 1900, Jacques Prévert à fréquenté et collaboré avec un grand nombre de personnes ayant marqué le XXe siècle : Robert Desnos, André Breton, Yves Tanguy, Marcel Duhamel, Alberto Giacometti, André Malraux, André Breton, Marcel Carné, Arletty, Pierre Brasseur, Jean Gabin, Joseph Kosma, Picasso, Miró, Chagall, Boris Vian, Yves Montand, Michèle Morgan, Raymond Queneau, Simone Signoret, et j’en passe ! Ces personnalités sont évoquées au fil de la vie de Prévert dans cette préface, mais je ne pense pas qu’il soit nécessaire de la lire avant de se plonger dans la BD.

Celle-ci est divisée en trois partie : 1920-1930 (Rue du Château), 1930-1940 (Octobre) et 1940-1950 (La vie était plus belle). J’ai beaucoup aimé cette plongée intense, intime et tumultueuse dans la vie de la première moitié du XXe siècle. Prévert étant proche des intellectuels de son époque et vivant presque dans la rue ; écrivant des pièces pour le peuple, jouées d’abord dans les usines puis embarquées pour un voyage dans la Russie communiste (juste avant que le nazisme n’envahisse l’Europe) ; réalisant une traversée en bateau vers les États-Unis des débuts d’Hollywood, nous évoluons avec lui dans de nombreuses facettes de cette époque changeante et bouleversée. Entre la montée des fascismes et les débuts du cinéma français, la vie littéraire florissante de Saint-Germain-des-Prés et les années folles, c’est à la fois un homme mais aussi une période qui nous sont contés.

Chaque planche est travaillée non pas comme une BD traditionnelle mais comme une illustration. Il n’y a pas de cases et les phylactères varient en couleurs et en aspects. Plusieurs d’entre elles ressemblent à des affiches de cinéma, bien qu’elles s’inscrivent exactement dans la narration, que ce soit pour raconter le contenu d’une oeuvre de Prévert (pièce, film, poème, texte) ou une anecdote de sa vie. À l’image des célèbres collages surréalistes, ces planches sont vivantes, étonnantes et inventives. Elles se présentent comme une succession de petites histoires où s’intègrent parfois des extraits d’écrits de l’excentrique Jacques.

J’ai beaucoup apprécié la plongée dans les coulisses de films auxquels Prévert a participé en tant que scénariste. J’ignorais tout de sa carrière pour le cinéma or, de son vivant, il était surtout connu pour ses scénarios. Sur le tournage de Drôle de drame (1937), de Quai des Brumes (1938) ou des Enfants du paradis (1945), nous découvrons les débuts du cinéma parlant aux côtés de son ami le réalisateur Marcel Carné.

Vous l’aurez compris, cette BD est une oeuvre dense qui doit se lire avec attention car elle regorge de références historiques et culturelles. J’ai mis beaucoup de temps à rentrer dans l’histoire à cause du style de narration. Que ce soit du point de vue des images ou du texte, au départ, j’étais un peu perdue face à ces petites anecdotes de la vie de Prévert qui s’enchaînaient sur de grandes planches déstructurées. Mais au fil des pages, j’ai accroché au récit particulier qui réussi à nous emmener avec lui à la découverte d’une époque et d’une personnalité tout en s’inspirant des codes du surréalisme et du cinéma pour structurer sa narration.

Une excellente BD, donc, riche et inventive mais exigeante.

Cailleaux et Bourhis sont également les auteurs d’une biographie de Boris Vian, Piscine Molitor, qu’il me tarde de découvrir.

Pablo (série de 4 tomes), Julie Birmant et Clément Oubrerie, éd. Dargaud, 💙💙💙

Titre : Pablo
Tome 1 : Max Jacob
Tome 2 : Apollinaire
Tome 3 : Matisse
Tome 4 : Picasso
Auteurs :
– Scénario : Julie Birmant
– Illustrations : Clément Oubrerie
Editeur : Dupuis (collection Aire Libre)
Dates de publication : janvier 2012, septembre 2012, avril 2013 et mars 2014
Langue originale : français (France)
Genre : BD – Biographie
Nombre de pages : t.1, 90 + t.2, 86 + t.3, 84 + t.4, 88 = 348 pages
Prix littéraire : Grand prix RTL de la bande-dessinée (2012) ; sélection officielle d’Angoulême 2013
Mon avis : Bon livre, 3/5 💙💙💙

C’est pendant le dernier week-end à 1000 que j’ai dévoré la série Pablo. J’avais déjà lu le premier tome lors de sa sortie en 2012 mais je l’ai relu pour me rafraîchir la mémoire et j’ai ensuite enchaîné sur les trois autres, le tout en deux jours. Vous trouverez donc ci-dessous mon avis sur l’ensemble de la série, indépendamment du découpage en tomes, même si j’avoue avoir eu une petite préférence pour le tome 2. À part cela, les épisodes se valent et s’enchaînement parfaitement, ce fut donc très agréable de pouvoir les lire les uns à la suite des autres.

Cette série en quatre volumes met en scène la vie de Pablo Picasso à Montmartre de 1900 à 1912. Une centaines de pages de plus et beaucoup moins d’années à retracer, donc, que pour la biographie de Prévert. C’est un parti pris tout à fait différent qui a été choisi par les auteurs pour narrer la vie du peintre espagnol : 1900, année de naissance de Prévert, est aussi l’année de l’exposition universelle de Paris et celle où Picasso décide de quitter Barcelone pour s’installer dans la capitale française. La bande-dessinée se focalise ainsi sur les années précédant la naissance du cubisme.

Comme le nom des tomes l’indique, cette biographie est centrée sur les rencontres qui vont marquer la vie de Picasso : Max Jacob, Henri Matisse et Guillaume Apollinaire mais aussi des critiques d’art et d’autres artistes comme Gertrude Stein, Ambroise Vollard, Braque, Brancusi ou encore Modigliani. Le nom donné à la série, Pablo, puis au quatrième et dernier tome, Picasso, fait ressurgir le fait que la BD retrace la vie du peintre juste avant qu’il ne devienne célèbre.

De point de vue de la narration, le récit est raconté par Fernande Olivier, une jeune modèle qui deviendra la compagne de Picasso. Le destin de cette jeune femme, dont on suit le parcours parallèlement à celui du peintre, est très touchant et apporte une réelle plus-value à l’ensemble de l’histoire en dévoilant la vie de cette muse tombée dans l’oubli. L’amitié entre Picasso, Max Jacob et Apollinaire est touchante mais c’est le destin de la narratrice qui aura eu le plus d’impact sur moi.

Par rapport à la BD sur Prévert, j’ai trouvé qu’on retrouvait moins la vision globale d’une époque mais qu’on cernait mieux la différence de classe sociale entre les artistes (Matisse est aisé tandis que Picasso vit dans la misère), notamment lorsqu’ils fréquentent les salons ou quand des amateurs d’art viennent leur rendre visite au Bateau-Lavoir, lieu de résidence et atelier de nombreuses figures de l’avant-garde. La rivalité entre les artistes en quête de reconnaissance ainsi que les courants picturaux en pleine évolution sont également mis en évidence, surtout dans les deux derniers tomes.

Le scénario nous présente la vie à Montmartre de façon très crue : il y a dans chaque épisode beaucoup de nu, de sexe, d’alcool, de drogue et de grossièreté étalés. S’il est évident que dépeindre la trajectoire de Picasso doit passer par la mise en évidence de tous ces éléments, j’ai trouvé que certaines scènes n’apportaient rien à l’avancement du récit. Toute cette vulgarité m’a donc parfois semble un peu too much et surtout non nécessaire.

Les dessins, par contre, m’ont beaucoup plu : les couleurs sont superbes, chaque planche est unique avec une ambiance marquée par des teintes plus ou moins chaudes et plus ou moins tranchées. Les personnages d’Oubrerie sont superbement expressifs. J’ai hâte de le retrouver dans Aya de Youpougon et dans son adaptation d’À la croisée des mondes car j’ai beaucoup apprécié son style. De plus, les représentations de Paris sont très documentées ce qui est agréable à observer dans le détail. Je me suis arrêtée sur de nombreuses planches pour m’imprégner de la beauté des dessins.

Une bonne série, donc, mais qui ne me laissera pas un souvenir impérissable. Agréable à lire sur le moment, portée par de superbes illustrations, bien documentée, mais je pense que que le scénario manquait d’un petit quelque chose qui me permette d’être totalement séduite.

Je vous conseille néanmoins cette lecture intéressante et visuellement superbe !

J’espère que cet article vous a plu
et je vous dit à très vite pour
de nouvelles escapades littéraires ! 😀

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