[Coups de cœur] Récits japonais poétiques et contemplatifs en moins de 200 pages

Bonjour à tous,

Aujourd’hui je vous présente des récits d’une grande poésie, marqués par la sagesse et la philosophie orientale (en particulier japonaise). J’ai réuni ici cinq romans symboliques, épurés, raffinés, contemplatifs et méditatifs, qui réussissent à nous faire réfléchir et à nous émouvoir en moins de 200 pages. Souvent proches de la forme du conte, ils sont structurés comme des récits initiatiques, que ce soit l’initiation par le déracinement, le voyage, l’amour ou l’apprentissage d’un art.

Autre point commun : la plupart de ces romans d’inspiration japonaise ont été écrits en français (sauf Soie) par des auteurs européens (sauf pour Aki Shimazaki, japonaise qui réside au Québec).

Si vous avez aimé l’un de ces textes, je peux vous assurer que les quatre autres sauront vous séduire de la même façon par leur écriture raffinée et leurs récits contemplatifs. Si vous n’en connaissez aucun, laissez vous tenter par ces petits bijoux.

Dans cet article :

Monsieur Origami, Jean-Marc Ceci (2016), 153 pages, 💜💜💜💜💜
Soie, Alessandro Baricco (1996), 142 pages, 💚💚💚💚
La petite fille de Monsieur Linh (2005), 184 pages, Philippe Claudel, 💜💜💜💜💜
Le poids des secrets, Aki Shimazaki (entre 1999 et 2004), 5 tomes, 💜💜💜💜💜
Neige, Maxence Fermine, éd. Arléa/Points (1999), 96 pages, 💚💚💚💚

LÉGENDE
 Pas aimé 😕
 Bof 😕💛
 Pas mal 💛💛
 Bon livre 💙💙💙
 Très bon livre 💚💚💚💚
 Coup de cœur 💜💜💜💜💜

Monsieur Origami, Jean-Marc Ceci, éd. Gallimard (2016), 153 pages, 💜💜💜💜💜

Titre : Monsieur Origami
Auteur : Jean-Marc Ceci
Editeur : Gallimard / Folio
Date de publication : 2016
Langue originale : français (Belgique/Italie)
Genre : Contemporain
Nombre de pages : 153
Date de lecture : avril 2018 (Le Mois belge / PrinTemps de Lire)
Mon avis : Coup de cœur, 5/5, 💜💜💜💜💜

« Toute beauté a sa part d’ombre ».

Ce livre est un véritable petit bijou de beauté, de spiritualité et de poésie.

Je me suis lu à haute voix ce minuscule ouvrage, premier roman de Jean-Marc Ceci, qui m’avait été chaudement recommandé sur booktube puis par une libraire. Cette idée de lecture à voix haute m’est venue en voyant le style d’écriture, très épuré, et la mise en page aérée. Je vous recommande de faire de même ! Pendant toute ma lecture, je l’ai imaginé adapté au théâtre et j’ai savouré la délicatesse de chaque phrase.

Ce roman, véritable OVNI littéraire, tient à la fois du long poème, du conte traditionnel, du haïku et de l’essai philosophique. C’est à un voyage intérieur que nous sommes invités par les personnages ; un voyage similaire à celui que l’on entame quand on prend le temps de plier du papier pour former des origami.

Le texte, qui nous invite à la médiation, est extrêmement bien construit, précis, d’une simplicité et d’une pureté déconcertantes. C’est très simple mais très profond. Jean-Marc-Ceci nous prouve que l’on peut dire beaucoup avec peu de mots.

En à peine 150 pages, l’auteur parvient à aborder, avec justesse et subtilité, des thèmes variés. Immigration. Langage. Passion. Pratique d’un art. Avoir et être. Paix et guerre. Culpabilité. Temps qui passe. Solitude. Choix personnels. Sens de l’existence… Il y a tant de choses à saisir, dans ce roman : je suis persuadée qu’une relecture s’imposera d’elle-même.

Finalement, ce tout petit récit poético-philosophico-zen est le résultat du croisement entre une audace typiquement belge et une plume typiquement japonaise, le tout habilement déposé au milieu de paysages toscans. Par ailleurs, ce livre est un hommage à tout ce qui constitue le patrimoine culturel immatériel de l’Unesco.

L’ouvrage invite au calme. Silence. Respiration. Refuge. Dépaysement intérieur. À lire absolument si vous êtes en quête d’instants méditatifs !

Neige, Maxence Fermine, éd. Arléa (1999), 96 pages, 💚💚💚💚

Titre : Neige
Auteur : Maxence Fermine
Editeur : Arléa / Points
Date de publication : 1999
Langue originale : français (France)
Genre : Contemporain — Conte moderne
Nombre de pages : 96
Date de lecture : mai 2018
Mon avis : Très bon livre, 4/5, 💚💚💚💚

« Neige limpide
Passerelle du silence
Et de la beauté »

Avec Neige, nous sommes plongés en trois vers et dix-sept syllabes dans le Japon du XIXe siècle. Maxence Fermine nous livre un minuscule roman sur l’amour et l’art du haïku. Et c’est de toute beauté !

Dans ce roman initiatique à la plume poétique, on perçoit le raffinement et la délicatesse typiques d’un Japon ancestral.

L’histoire se déroule de façon cyclique, d’hiver en printemps et de printemps en hiver ; la contemplation de la nature étant l’élément déclencheur de la pratique de l’art, enseignée par le vieux maître au jeune poète fasciné par la neige.

L’auteur nous fait découvrir, avec sa sensibilité et à travers une histoire d’amour quasi métaphorique, les bases de la culture japonaise et de la sagesse orientale. C’est épuré, simple, poétique, philosophique et contemplatif.

À lire et à relire !

« Musique de neige
Grillon d’hiver
Sous mes pas » 

La petite fille de Monsieur Linh, Philippe Claudel, éd. Stock (2005), 184 pages, 💜💜💜💜💜

Titre : La petite fille de Monsieur Linh
Auteur : Philippe Claudel
Editeur : Stock / Le livre de poche
Date de publication : 2005
Langue originale : français (France)
Genre : Contemporain
Nombre de pages : 184
Date de lecture : février 2018 (Petit mois, petites lectures)
Mon avis : Coup de cœur, 5/5, 💜💜💜💜💜

Un petit bijou de poésie !

Triste, belle et optimiste à la fois, cette petite merveille de 184 pages faisait partie des romans que je voulais lire depuis des années ! Sa lecture, dix ans après ma découverte du superbe Rapport de Brodeck, a instantanément hissé Philippe Claudel parmi mes auteurs français favoris.

C’est un roman bouleversant, qui évoque des thèmes très durs comme la solitude, le déracinement, la mort, la perte des repères. Tout le long, on sent un intense désir de communication et la difficulté qui en découle lorsqu’on ne partage pas la même langue. On ressent la peur, le fait d’être perdu dans un environnement inconnu,… mais ce Monsieur Linh refuse de perdre espoir.

C’est aussi une belle histoire d’amitié, portée par une sublime plume d’une grande intensité qui dégage tout le long une atmosphère d’empathie et de bienveillance. On ne peut qu’être touché par ce vieux monsieur exilé, déboussolé et déterminé. Et lorsqu’on arrive à cette fin, troublante, on se retrouve submergé par l’émotion.

C’est sublime, et c’est un coup de coeur. À lire d’urgence !

[Mini spoiler] Je n’ai pas pour habitude de disséminer des spoilers dans mes articles, mais comme il s’agit d’un roman à chute, de ceux qu’on à envie de relire intégralement après avoir découvert le dénouement, je tenais juste à mentionner que, comme je savais que la fin était inattendue et surprenante, je n’ai pas pu m’empêcher de chercher des indices tout au long de ma lecture. Du coup, arrivée à la moitié du récit, j’ai trouvé. Cela n’a en rien gâché le plaisir de la lecture, mais je voulais le préciser. Et vous, aviez-vous vu venir la fin ?

[Petite précision] Comme souvent dans les romans de Philippe Claudel, l’histoire n’est située ni dans le temps ni dans l’espace. Mais quelques indices (saveurs, sonorités, paysages) nous donnent à voir un personnage qui quitte son Asie natale pour se retrouver perdu dans un environnement occidental. C’est pour cette raison que j’ai associé ce récit intemporel à des histoires explicitement japonaises.

Le poids des secrets, Aki Shimazaki, éd. Leméac/Actes Sud (entre 1999 et 2004), 5 tomes, 💜💜💜💜💜

Titre : Le poids des secrets
– Tome 1 : Tsubaki
– Tome 2 : Hamaguri
– Tome 3 : Tsubame
– Tome 4 : Wasurenagusa
– Tome 5 : Hotaru
Auteur : Aki Shimazaki
Editeur
 : Léméac & Actes Sud / Babel
Date de publication
 : entre 1999 et 2004
Langue originale
 : français (Japon/Québec)
Genre
 : Contemporain — Saga familiale
Nombre de pages
 : 115 + 112 + 106 + 123 +132
Date de lecture
 : février-mars 2018 (Petit mois, petites lectures)
Mon avis
 : Petit coup de cœur, 4,5/5, 💜💜💜💜💜

Les romans d’Aki Shimazaki, c’est un élégant contraste entre la douceur du style et la violence du sujet.

Dans cette saga composée de cinq courts romans, centrés chacun sur un personnage différent, Aki Shimazaki nous donne à voir cinq facettes d’une histoire familiale à raison d’un tome pour chaque protagoniste. On y découvre le Japon du XXe siècle à travers plusieurs événements particulièrement tragiques.

La romancière tisse ainsi des liens entre la grande Histoire et la petite histoire. En cela et en beaucoup d’autres points (notamment le glossaire en fin d’ouvrage), les romans d’Aki Shimazaki sont parfaits pour un occidental qui souhaite découvrir le Japon.

Dans cette saga, la violence des chocs émotionnels est pudiquement révélée par un style épuré, simple en apparence mais à la forme très travaillée. Les titres, qui désignent des éléments naturels (fleurs, animaux, coquillages), en sont un bel exemple : ils apportent un éclairage métaphorique sur le destin et la psychologie des personnages.

Les protagonistes sont si touchants qu’on n’a qu’une hâte : se plonger dans le tome suivant de cette pentologie. Je vous conseille néanmoins de tracer un arbre généalogique pour ne pas vous perdre entre les générations et les surnoms.

Avec ses sublimes couvertures, ses protagonistes attachants et son écriture allant droit au but, j’ai dévoré et adoré cette série !

À lire absolument pour tous les amateurs de fresques familiales. Chaque tome se lit en 2 ou 3 heures, vous ne serez pas déçus ! C’est simple, poétique, délicat, métaphorique mais aussi d’une grande profondeur psychologique.

Soie, Alessandro Baricco, éd. Gallimard (1996), 142 pages, 💚💚💚💚

Titre : Soie (Seta)
Auteur : Alessandro Baricco
Editeur : Gallimard / Folio
Date de publication : 1996 (VO), 1997 (VF)
Langue originale : italien (Italie)
Genre : Contemporain – Conte
Nombre de pages : 142
Date de lecture : mars 2017 (Escapades au Japon)
Mon avis : Très bon livre, 4/5, 💚💚💚💚

Baricco est l’un de ces auteurs qui excellent dans le style très court. Déjà, la lecture de Noveccento : pianiste m’avait conquise. La construction de ce texte est telle qu’au bout de 142 pages, nous avons amplement eu de quoi être bouleversé par le récit de la vie d’un homme.

Avec de nombreuses touches d’un humour piquant, avec finesse et poésie, Alessandro Baricco nous livre ici un roman qui doit se lire comme un conte. La répétition des voyages, avec l’utilisation des mêmes mots et les mêmes phrases au début de chacun d’eux nous indique que le récit est rempli d’une symbolique qui dépasse les faits relatés. C’est ainsi que la force du texte et toute sa puissance évocatrice ne se révèlent que bien après la lecture.

Au final, cette fable poétique nous fait réfléchir – entre autres – sur l’idée d’aller chercher au loin quelque chose que l’on possède déjà tout près de soi(e).

Ma chronique complète dans cet article, où vous trouverez d’autres récits de moins de 200 pages qui se déroulent au Japon avec Aki Shimazaki, Amélie Nothomb, Julie Otsuka et Jean-Philippe Toussaint.

Si vous cherchez des contes, bandes-dessinées ou albums dans la lignée de ces ouvrages, je vous conseille aussi :

BD L’encre du passé, Maël et Antoine Bauza, éd. Dupuis (Aire Libre), 2009, 💜💜💜💜💜
ALBUM L’arbre aux oiseaux, Allen Say, éd. L’Ecole des Loisirs, 1997, 💜💜💜💜💜
ALBUM La femme oiseau, Sumiko Yagawa, éd. Circonflexe, 1994, 💜💜💜💜💜

J’espère que cet article vous a plu !
Un grand merci à toutes les personnes qui m’ont recommandé ces livres.

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8 réflexions au sujet de « [Coups de cœur] Récits japonais poétiques et contemplatifs en moins de 200 pages »

  1. Je note 5 étoiles pour « Neige »‘ et pour « soie » qui ont été mes préférés.
    4 étoiles et demi pour « Monsieur Origami ».
    Et je recommande chaudement la pièce qui a été tirée de « la petite fille de Monsieur linh » et qui tourne en ce moment.
    La BD : « l’encre du passé » avait été aussi un grand coup de coeur.
    De même que l’album jeunesse. Premier contact avec la symbolique de la grue.
    Des perles, ces bouquins sont des perles.
    Enirehtac

    Aimé par 1 personne

  2. Ton article est vraiment très intéressant, merci !
    Par hasard, aurais-tu déjà lu des romans japonais qui évoquent ou se déroulent dans une école? Pour en apprendre davantage sur leur système scolaire et sur leur ambiance, parce que je doute que les mangas soient toujours réalistes haha. Je cherche des informations à ce sujet et j’ai des difficultés à trouver quelque chose de bon.

    Aimé par 1 personne

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