[Avis lecture – Théâtre/Essai] Dans l’intimité du corps des femmes

Bonjour à tous ! 🙂

Aujourd’hui on parle des femmes et de leur rapport à leur corps. Plus précisément, les ouvrages que j’ai sélectionnés pour cet article ont pour sujet principal le vagin, les menstruations et la sexualité féminine. On commence avec une pièce de théâtre mondialement connue, lue dans le cadre du club de lecture Une chambre à nous, et on continue avec un essai sur les règles, récemment publié par la blogueuse, journaliste et chroniqueuse Jack Parker. À la lecture de leurs ouvrages, on se rend compte que les deux femmes ont exactement la même vision du sujet qu’elles abordent : en parler pour briser les tabous, pour informer, pour démystifier.

Dans cet article

Les Monologues du vagin, Eve Ensler, éd. Denoël (1998), 107 pages, 💙💙💙
Le grand mystère des règles, Jack Parker, éd. Flammarion (2017), 250 pages, 💚💚💚💚

LÉGENDE

 Pas aimé 😕
 Bof 😕💛
 Pas mal 💛💛
 Bon livre 💙💙💙
 Très bon livre 💚💚💚💚
 Coup de cœur 💜💜💜💜💜

Les Monologues du vagin, Eve Ensler, éd. Denoël (1998), 107 pages, 💙💙💙

Titre : Les Monologues du vagin
Auteur : Eve Ensler
Editeur : Balland / Denoël
Première représentation : 1996 aux USA
Date de publication : 1998 (VO) – 1999 (VF)
Langue originale : anglais (USA)
Genre : Théâtre – Contemporain – Témoignages
Nombre de pages : 107
Date de lecture : 4 novembre 2017
Mon avis : Bon livre, 3/5, 💙💙💙

J’ai profité du week-end à 1000 pour lire cette courte pièce proposée pour la session d’octobre-novembre du club de lecture Une chambre à nous sur le thème du théâtre. L’autre lecture proposée pour cette session, Une maison de poupée d’Henrik Hibsen, ne me tentait pas, mais Les Monologues du vagin faisaient partie de ces textes dont j’avais beaucoup entendu parler et que je souhaitais lire depuis longtemps.

Comme pour la pièce Djihad – coup de cœur dont je vous parlais dans cet article -, on nous informe dans la préface que le titre choisi a été d’abord refusé (pour Djihad) ou censuré dans certains pays (Les Monologues du vagin devenus Les Monologues du V. ou simplement Les Monologues). Cela en dit long : « Venez voir cette pièce, mais surtout n’affichez pas ces mots que je ne saurais voir ».

Et en effet, il y en a, des tabous. Relations sexuelles, règles, accouchement, viol, mutilations génitales, poils, masturbation, tous ces sujets sont abordés dans cette pièce écrite il y a vingt ans. L’ouvrage alterne entre des témoignages tournés en monologues, des listes de réponses à des questions (par exemple : « Si votre vagin pouvait parler, que dirait-il, en deux mots ? ») et des extraits d’autres textes intitulés Vagin : les faits, qui éclairent les témoignages par des faits historiques et des définitions.

Malgré le plaisir et l’intérêt que j’ai eu à dévorer ces 107 pages, j’ai trouvé cette pièce bien trop courte par rapport aux attentes que j’avais en lisant les critiques enthousiastes et la préface. De plus, pour quelqu’un habitué à lire et à entendre parler de féminisme et de féminité, il m’a semblé que le sujet n’était qu’effleuré.

Par contre, il y a dans cet ouvrage des moments hyper touchants (la petite fille qui dit que son vagin sent « les flocons de neige ») ou encore poignants (le témoignage « Mon vagin était mon village », dédié aux femmes de Bosnie) et c’est cette large diversité de points de vue et de ressentis, du plaisir à la honte en passant par le dégoût, la souffrance, la découverte ou encore l’étonnement et la méconnaissance du vagin, qui est pertinente. Mais elle aurait, à mon sens, gagné à être encore plus fournie.

À la lecture, plus que comme une pièce de théâtre, ces Monologues se picorent donc comme un petit recueil de poèmes. Je pense que le format mini-témoignages est intéressant parce qu’il y a dans ce livre au moins un épisode, un mot, un récit, un souvenir, un ressenti qui vous parlera à vous, qui fera écho à votre histoire, à votre rapport à votre propre corps. Et le fait d’être touché par un épisode de ces Monologues du vagin sera une ouverture sur votre réflexion personnelle. C’est pour cette raison que je recommande cette lecture.

La préface, elle aussi, évoque des choses intéressantes et ouvre des pistes de réflexion. Par exemple, un truc qui m’a marquée : la forme du cœur ❤ que l’on connaît tous (et qui ne ressemble pas vraiment à l’organe en question) serait en fait une représentation d’un vagin, symbole de fertilité, de maternité, de (re)naissance, de l’origine de la vie, et c’est pourquoi les coeurs seraient dessinés aussi souvent et aussi spontanément par les petites filles.

En fait, j’ai l’impression que cette lecture n’est qu’un avant-goût de l’expérience que l’on doit faire en assistant à une représentation. J’aimerai vraiment en voir une adaptation et j’espère en avoir l’occasion.

Extrait de la préface : « ‘Vagin’. Voilà, je l’ai dit. (…) Je le dis parce que je crois que ce qu’on ne dit pas, on ne le voit pas, on n’en tient pas compte, on ne s’en souvient pas. Ce qu’on ne dit pas devient un secret, et les secrets engendrent souvent la honte, la peur et les mythes. Je le dis parce que je veux me sentir un jour à l’aise en le disant, sans éprouver ni honte ni culpabilité. »

Le grand mystère des règles, Jack Parker, éd. Flammarion (2017), 250 pages, 💚💚💚💚

Titre : Le grand mystère des règles
Auteur : Taous Merakchi alias Jack Parker
Illustrateur : Madel Floyd
Editeur : Flammarion
Date de publication : 17 mai 2017
Langue originale : français (France)
Genre : Essai
Nombre de pages : 250
Date de lecture : 29-30 juillet 2017
Mon avis : Très bon livre, 4/5, 💚💚💚💚

Deux mois après avoir rendu mon mémoire, j’ai à nouveau ressenti le besoin de lire de la non-fiction. Du coup j’ai enchaîné divers essais et des magazines de développement personnel. Je ne vous parlerai pas sur ce blog de tous les essais que je lis, mais je tenais à donner mon avis sur le tout récent Le grand mystère des règles de Jack Parker, de son vrai nom Taous Merakchi (oui, c’est une femme), ancienne rédactrice chez Madmoizelle et créatrice du blog Passion menstrues.

À la fois sociologique, historique, descriptif, actuel et engagé, ce livre se lit très facilement. C’est un ouvrage personnel et universel et c’est agréable de sentir que l’autrice a pris plaisir à l’écrire. On voit à quel point il lui tenait à cœur et combien elle s’est investie dans les recherches qui ont abouti à cet essai très complet.

Elle fait le tour de la question et aborde les sujets de façon extrêmement documentée, allant de la lecture de forums pour adolescents au décorticage d’oeuvres culturelles (séries, films, livres, art contemporain) en passant par les textes historiques, les mythes et les idées reçues. Pour être tout à fait complet, il aurait été intéressant, selon moi, d’évoquer plus en détail le sujet de la ménopause, mais j’y ai retrouvé, sinon, tout ce que j’attendais d’un tel livre.

Ce qui est d’autant plus intéressant, c’est que Jack Parker a décidé d’écrire un livre sur les règles d’abord pour briser « un tabou vieux comme le monde » (pour citer la phrase énoncée en couverture) mais aussi parce qu’à travers ses recherches féministes, elle s’est rendu compte que parler des menstruations permettait d’évoquer de nombreux autres sujets. Ainsi, on parle politique, économie, santé, religion, éducation, identité de genre, sexualité, condition des femmes dans la société, etc. Et c’est la raison pour laquelle ce livre peut intéresser tout le monde.

Je ne vais pas dire que j’y ai appris énormément car j’avais déjà lu sur le sujet (notamment sur le blog de l’autrice), mais il a l’avantage d’être accessible à tous et de poser les bases d’une réflexion qui concerne chacun d’entre nous pour essayer de mettre fin à ce tabou ancestral qui entraîne désinformation et honte chez les jeunes et les moins jeunes.

Mon seul petit reproche, à la fois qualité et défaut de cet ouvrage, serait de ne pas avoir su définir exactement à quelle tranche d’âge il s’adressait dans son ensemble. Jack Parker nous dit « j’ai fait tout ce que j’ai pu pour qu’il soit accessible au plus grand nombre – peu importe l’âge, peu importe le genre, peu importe l’expérience ». Pour ma part, je l’ai trouvé, dans son ensemble, trop compliqué pour une jeune fille qui vient d’avoir ses premières règles et un peu trop simpliste pour la jeune femme informée sur le sujet que je suis. Mais je pense qu’en fonction des chapitres, chacun pourra y trouver des informations pertinentes et des pistes de réflexion.

En bref, c’est bienveillant, décomplexant, intéressant et plein d’humour. Que vous ayez vos règles depuis vingt ans, depuis quelques mois, que vous ne les ayez plus ou pas encore, et même si vous ne les aurez jamais, je vous conseille ce livre – du moins la lecture de certains chapitres en fonction de vos centres d’intérêt et de questionnement actuels.

Si vous voulez en savoir plus sur le sujet et découvrir Jack Parker, sachez que mes informations sur l’autrice et sur ce livre sont tirées de divers articles et interviews dont je vous met ici quelques liens :
– son article de présentation du livre sur Passion Menstrues
– une interview chez Madmoizelle
– l’Émifion sur les règles
– son interview dans le podcast Nouvelle école #38

Le livre sortira au format poche au printemps 2018 alors quand vous le verrez en librairie, n’hésitez pas !

Extrait : « L’idée que mes enfants ou mes petits-enfants puissent se foutre de moi parce que j’ai pu croire un jour que les règles étaient honteuses me remplit de joie, personnellement. »

Nous terminerons par un petit interlude artistique. Grâce à ce livre, j’ai découvert l’œuvre de Laurel Roth. Dans sa série intitulée « Hope Chest », elle aborde le sujet des menstruations tout en broderies, dentelles, perles et crochet. Son oeuvre me parle, me touche, fait écho en moi. J’aime tout particulièrement le contraste entre la douceur des techniques utilisées et la violence des mots et des ressentis qui transparait dans ses créations en forme de serviettes hygiéniques. Vous pouvez voir cette série ici.

J’espère que cet article vous a plu.
À très vite pour mes lectures du Challenge Cold Winter
et pour mes bilans de l’année 2017 ! 🙂 

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2 réflexions au sujet de « [Avis lecture – Théâtre/Essai] Dans l’intimité du corps des femmes »

  1. C’est marrant, moi j’ai lu Une maison de poupée, mais je n’ai pas été tentée plus que ça par les Monologues du vagin. Et puis quand j’ai vu qu’il y avait des violences sexuelles, j’ai préféré ne pas me lancer dedans ! C’est un chouette article, comme d’habitude j’aime beaucoup !

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