[Avis lecture – Romans ] Escapades au Japon en moins de 200 pages

Bonjour à tous ! 🙂

Je ne sais pas exactement comment cela s’est produit mais, bien que mon défi de février aux romans de moins de 200 pages ait été terminé, se sont retrouvés, dans la PAL que je me suis concoctée pour le mois de mars, plusieurs livres répondant également à ce critère. Cela m’arrangeait bien, en fait, car ça m’a permis de lire plein de livres différents en un mois et d’ajouter une catégorie « moins de 200 pages » à ce blog. J’ai donc décidé de les regrouper dans ce dernier article sur le thème du Japon qui, j’espère, vous plaira.

Dans cet article, je vous présente :

Hôzuki, Aki Shimazaki, éditions Actes Sud, 138 pages 💜💜💜💜💜
Soie d’Alessandro Baricco, éd. Folio, 142 pages 💚💚💚💚
Cycle de Marie, t.1 : Faire l’amour de Jean-Philippe Toussaint, éditions de Minuit, 146 pages 💙💙💙
Métaphysique des tubes d’Amélie Nothomb, Le livre de poche, 157 pages 💙💙💙
Certaines n’avaient jamais vu la mer, Julie Otsuka, éd. 10/18, 139 pages 💛💛

Alors, pour être franche, je n’ai pas lu tous ces livres entre le 1er et le 31 mars : j’ai un petit peu débordé de ce mois thématique sur le Japon ! Ainsi, j’ai lu Hôzuki au mois de février, Soie et Faire l’amour en mars et j’ai commencé Certaines n’avaient jamais vu la mer et Métaphysique des tubes en mars mais je les ai terminés en avril.

LÉGENDE

 Pas aimé 😕
 Bof 😕💛
 Pas mal 💛💛
 Bon livre 💙💙💙
 Très bon livre 💚💚💚💚
 Coup de cœur 💜💜💜💜💜

Hôzuki, Aki Shimazaki, éditions Actes Sud, 138 pages 💜💜💜💜💜

Titre : Hôzuki
Auteur : Aki Shimazaki
Editeur : Leméac / Actes Sud
Date de publication : 2016
Langue originale : français (Québec)
Genre : Contemporain
Nombre de pages : 138
Mon avis : Coup de cœur, 5/5 💜💜💜💜💜

C’est la couverture d’Hôzuki qui a tout d’abord attiré mon regard, puis la mention « libraire d’occasion » dans le synopsis. Ce roman est le second tome du nouveau cycle de la québecquoise Aki Shimazaki, connue pour ses deux pentalogies à succès : « Au coeur du Yamato » et « Le poids des secrets » que j’espère lire bientôt. La particularité de cette autrice est qu’elle est japonaise mais écrit en français, ajoutant à la fin de ses romans un glossaire pour la compréhension de certains mots et concepts typiques.

Ce nouveau cycle est lui aussi constitué de très courts romans aux couvertures et aux titres fleuris. Le premier tome, Azami, m’avait convaincue par son style mais un peu moins par son histoire, que j’avais trouvée sympathique mais qui ne m’avait pas particulièrement marquée. Je l’avais lue en une traite, le temps d’un trajet en train, en juin 2016. À vrai dire, la seule raison pour laquelle j’ai voulu lire Azami, c’est parce qu’il précédait Hôzuki. Eh bien sachez que les deux romans peuvent se lire tout à fait indépendamment : seules deux ou trois références à des personnages ou a des lieux font le lien entre les deux récits, ainsi que la poésie des titres.

Le premier, azami, signifie « fleur de chardon », la beauté qui pique. Le second, hôzuki, désigne la physalis, une plante appelée aussi « amour en cage » car son fruit orange est comme prisonnier dans une fragile cage. Le troisième tome, Suisen, est sorti en septembre 2016 et son titre désigne la narcisse, une fleur dont le nom en dit déjà long sur le contenu du roman.

Extrait :
« Chacun a une vie unique et des problèmes qui pourraient être incroyables. Comme on dit : « La réalité dépasse souvent la fiction. » Mais après tout, la vie d’autrui ne regarde personne. »

Dans ce roman, j’ai beaucoup aimé l’importance accordée à la signification des noms et des prénoms, et à ces mots qui peuvent se lire de plusieurs façons en japonais, selon qu’on utilise les kanjis ou les hiraganas pour les écrire, donnant lieu à de multiples interprétations et significations cachées, un peu comme un palimpseste de dénominations pour chaque chose.

L’écriture d’Aki Shimazaki est doucepoétique et délicate. Facile à lire et bien dosée, subtile et touchante. Shimazaki nous décrit le quotidien d’une jeune femme qui tient une librairie de livres d’occasion et vit avec sa mère et son fils sourd-muet. C’est aussi l’histoire d’une rencontre bouleversante entre deux femmes et deux enfants. Le récit, très bien construit, fonctionne en entremêlant flash-back et secrets de familles. Il met l’accent sur l’amour d’une mère pour son fils unique, évoquant des thèmes comme l’avortement, l’adoption, l’abandon d’enfant, les mensonges et la culpabilité, le tout de façon subtile et touchante. On n’est pas ici dans l’exacerbation des sentiments mais dans une forme de retenue qui réussi à nous bouleverser. Et c’est cela, je pense, qui fait la force de l’écriture de Shimazaki.

Au-delà de l’histoire, je trouve que les objets-livres sont vraiment magnifiques avec leurs couvertures fleuries simples et douces et que les titres sont extrêmement bien choisis. Lorsqu’on comprend leur signification, l’on se rend compte qu’en plus de coller parfaitement avec l’histoire racontée, ils y ajoutent du sens, et c’est quelque chose que j’aime particulièrement dans les romans (je crois vous en avoir parlé pour D’après une histoire vraie de Delphine de Vigan).

Alors qu’Azami m’avait simplement beaucoup plu, Hôzuki fut pour moi un coup de cœur. Cela tient, je pense, aux thèmes abordés dans le roman, qui m’ont bien plus touchée, mais également au travail de la forme et des métaphores, plus abouti selon moi. Je vous le conseille vivement !

Extrait :
« Je crois toujours qu’il y a des raisons ou des sens dans chaque rencontre. Regardez nos enfants ! Ils se sont croisés dans ce monde pour devenir de bons amis. Je suis sûre qu’ils étaient aussi des amis dans une vie antérieure. »

Soie d’Alessandro Baricco, éditions Folio, 142 pages 💚💚💚💚

Titre : Soie (Seta)
Auteur : Alessandro Baricco
Editeur : Albin Michel / Folio
Date de publication : 1996 (VO), 1997 (VF)
Langue originale : italien (Italie)
Genre : Contemporain – Conte
Nombre de pages : 142
Mon avis : Très bon livre, 4/5 💚💚💚💚

Ayant adoré le style d’Alessandro Baricco dans Novecento : pianiste (que j’ai lu et relu puis vu joué au théâtre), j’avais hâte de retrouver sa plume dans un autre roman.

Baricco est l’un de ces auteurs qui excellent dans le style très court. La construction du texte est telle qu’au bout de 142 pages, nous avons amplement eu de quoi être bouleversé par le récit de la vie d’un homme et de ses voyages à l’autre bout du monde.

Avec de nombreuses touches d’un humour piquant, avec finesse, délicatesse et poésie, l’auteur dresse le portrait d’Hervé Joncour, un français travaillant dans le commerce de la soie qui doit se rendre au Japon car les vers à soie y sont, parait-il, parfaits. Il laisse sa douce épouse au pays et traverse le monde à pieds, à cheval et en bateau jusqu’à une île où les relations avec les voisins sont tendues. Au fil des pages, on découvrira les différences mais aussi les ressemblances qui unissent les deux continents, notamment dans la difficultés qu’ont les personnages à exprimer leurs sentiments. 

Il est vrai que pendant ma lecture, l’histoire d’Hervé Joncourt m’a moins séduite que celle de Novecento. J’ai parfois été un peu déroutée par la façon dont les évènements étaient narrés, bien que la lecture fut drôle et plaisante. Juste après avoir refermé le livre, il m’a semblé qu’il manquait un petit quelque chose. Mais en y repensant par la suite, j’ai trouvé. En fait, pour moi, ce roman doit se lire comme un conte. La répétition des voyages, avec l’utilisation des mêmes mots et les mêmes phrases au début de chacun d’eux nous indique que le récit est rempli d’une symbolique qui dépasse les faits relatés. C’est ainsi que la force du texte et toute sa puissance évocatrice ne se révèlent que bien après la lecture.

Cette fable poétique nous fait réfléchir – entre autres – sur l’idée d’aller chercher au loin quelque chose que l’on possède déjà tout près de soi(e).

Extrait :
« Les producteurs de soie de Lavilledieu étaient, à des degrés variables, des gentlemen, jamais ils n’auraient songé à enfreindre une quelconque loi dans leur pays. L’hypothèse de le faire à l’autre bout du monde leur parut cependant, raisonnablement sensée. »

Faire l’amour de Jean-Philippe Toussaint, éditions de Minuit, 146 pages 💙💙💙

TitreFaire l’amour (cycle de Marie Madeleine Marguerite de Montalte, tome 1)
Auteur : Jean-Philippe Toussaint
Editeur : éditions de Minuit
Date de publication : 2002
Langue originale : français (Belgique)
Genre : Contemporain
Nombre de pages : 146
Mon avis : Bon livre, 3/5 💙💙💙

Bon sang qu’est-ce que c’est bien écrit !

Pour être honnête, je n’aurais jamais lu ce roman publié aux éditions de Minuit si je n’avais pas été amenée à étudier, il y a deux ans, Nue, le dernier tome du cycle de Marie Madeleine Marguerite de Montalte dans le cadre d’un cours d’analyse littéraire. Nous avons décortiqué ce récit, rédigé un travail et une présentation orale, rencontré l’auteur, bref, l’investissement autour de ce livre avait été très fort et depuis, j’avais envie de lire les autres tomes de la série.

Sachez que ces romans peuvent être lus de façon isolée. En effet, ils sont tous jalonnés d’ellipses, de flash-back et de récits autonomes. La chronologie n’a donc pas d’importance et chacun des tomes peut se lire indépendamment des autres. Faire l’amour (2002) est le premier opus de ce cycle en quatre saisons. Le roman est préfacé par la mention « hiver ». Le second, Fuir (2005), est précédé par le mot « été » et décrit des évènements antérieurs à ceux du premier tome. La vérité sur Marie (2009) comporte la mention « printemps-été » tandis que le dernier tome, Nue (2013), est caractérisé par la saison « automne-hiver ».

Trois choses m’avaient plu dans Nue :

Tout d’abord, le style de l’auteur. Comme je le disait, ces romans sont superbement écrits. Le choix de chaque mot est tellement travaillé que la lecture en devient savoureuse et on se délecte de leur puissance évocatrice. Les phrases se succèdent sans accrocs, le vocabulaire est riche, bref, un plaisir à lire.

Ensuite, la plongée dans l’univers de la mode, avec la fameuse robe en miel qui ouvre l’ultime opus. Dans Faire l’amour, on retrouve peu de descriptions du métier de Marie, mais je lisais ce roman principalement pour l’évocation du Japon donc cela ne m’a pas gênée. Cet épisode se passe exclusivement au Japon, à l’exception d’un flash-back qui met en parallèle une scène parisienne (celle du premier baiser) et une scène se déroulant à Tokyo (lors de la séparation du couple). Deux villes japonaises sont mises en avant dans l’intrigue : Tokyo puis Kyoto. Le roman nous plonge autant des des lieux luxueux (immense hôtel, musée d’art contemporain) que dans les rues animées la nuit, les centres commerciaux, les transports, les maisons typiques… Nous avons donc un bel éventail d’ambiances japonaises décrites par des européens qui s’y rendent pour le travail.

Enfin Marie. Marie Madeleine Marguerite de Montalte. J’ai rarement lu portrait plus abouti d’une femme aimée. En deux romans (j’ai donc lu le dernier puis le premier), l’auteur parvient à dresser les contours mouvants d’une jeune femme volontaire, créative, sachant ce qu’elle veut, autoritaire et agaçante mais aussi fragile, désoeuvrée, sensible et attachante… bref une femme, quoi. Rien de plus que toutes les facettes de la personnalité d’une femme d’affaire créatrice de mode qui gardera toujours une part de mystère et de surprises mais dont on connaîtra peu à peu les désirs et les désillusions. J’ai trouvé ce personnage fascinant et c’est, selon moi, la principale raison pour laquelle j’ai apprécié ce roman.

Au-delà de ce magnifique portrait, ce qu’il y a d’assez déroutant dans ce récit, c’est que les motivations du narrateur ne sont jamais explicitées. Nous le suivons dans toutes ses actions, décrites en long et en large, des plus banales du quotidien (comme acheter un café) aux plus extravagantes (comme s’introduire illégalement dans des lieux insolites ou transporter partout avec lui un flacon d’acide chlorhydrique) et nous sommes dans son esprit mais nous n’avons jamais l’impression de le connaître en profondeur, ni de le comprendre.

Jean-Philippe Toussaint, c’est aussi de longues descriptions de l’inaction, à l’image de son célèbre premier roman La salle de bain. Si l’on essaye de résumer les moments clés de l’intrigue de Faire l’amour, on se retrouve vite perdus car le roman s’articule autour de moments d’action assez brefs d’où découlent de longs moments d’inaction où le narrateur nous plonge dans ses observations, ses pensées ou ses souvenirs avec Marie. On a parfois l’impression qu’il manque une résolution à certaines parts de l’intrigue. C’est sans doute voulu, tout comme la chronologie très décousue qui entremêle les souvenirs et s’arrête toujours avant de parler d’avenir, car Faire l’amour, c’est avant tout le récit d’une séparation.

Un roman riche et complexe qui pourra à la fois dérouter et fasciner un lecteur non averti.

Extrait :
« Nous nous aimions, mais nous ne nous supportions plus. Il y avait ceci, dans notre amour, que, même si nous continuions à nous faire plus de bien que de mal, le peu de mal que nous nous faisions nous était devenu insupportable. »

Métaphysique des tubes d’Amélie Nothomb, éditions Le livre de Poche, 157 pages 💙💙💙

Titre : Métaphysique des tubes
Auteur : Amélie Nothomb
Editeur : Albin Michel / Le livre de poche
Date de publication : 2000
Langue originale : français (Belgique)
Genre : Contemporain – Autobiographie
Nombre de pages : 157
Mon avis : Bon livre, 3/5 💙💙💙

Encore un peu de littérature belge dans ces escapades au Japon avec la célèbre Amélie Nothomb qui évoque dans ce roman son enfance au pays du Soleil-Levant de l’âge de zéro à trois ans.

Après Les combustibles, Stupeur et tremblements et Acide sulfurique, Métaphysique des tubes est le quatrième roman que je lis de cette autrice. On retrouve son humour cinglant, ses phrases courtes et acérées, son vocabulaire érudit et sa petite touche de folie.

Le roman se compose comme une succession d’anecdotes et de réflexions métaphysiques contées par une enfant précoce. Elle évoque son rapport au langage (que ce soit le français ou le japonais), son rapport aux autres (ses parents, ses frères et sœurs, sa nounou, sa grand-mère), ses toutes premières expériences, découvertes et désillusions. Bref, ses débuts dans la vie. Les moments qui m’ont le plus marquée sont la première rencontre avec le chocolat, le questionnement sur le véritable métier de son père et le quiproquo qui en découle pendant la saison des pluies, la réflexion féministe sur la journée dédiée aux garçons et son dégoût viscéral pour les truites.

Le premier tiers du roman, où l’on découvre la signification du titre et pendant lequel Amélie n’a pas encore acquis le langage, m’a laissée un peu perplexe. Riche de réflexions variées, il m’a parfois mis mal à l’aise car cette enfant n’est pas normale et personne ne semble s’en préoccuper. Son arrogance et son érudition précoces ont de quoi dérouter et ses réflexions métaphysiques sont inégales dans leur pertinence.

Par contre, ce qui m’a particulièrement plu dans ce roman, c’est la mise en avant de l’extraordinaire pouvoir du langage et toutes les réflexions qui en découlent (oui, je sais, c’est l’un de mes sujets de prédilection^^). J’ai aussi beaucoup apprécié découvrir des aspects de la culture japonaise que je ne connaissais pas grâce au regard de la jeune Amélie qui ne cesse de se poser des questions sur tout.

Dans l’ensemble, j’ai apprécié ce roman mais il semble s’avérer, au fil de mes lectures, que d’Amélie Nothomb je préfère les fictions aux autobiographies.

Extrait :
« J’avais déjà donné leur nom à quatre personnes ; à chaque fois, cela les rendait si heureuses que je ne doutais plus de l’importance de la parole : elle prouvait aux individus qu’ils étaient là. J’en conclus qu’ils n’en étaient pas sûrs. Ils avaient besoin de moi pour le savoir. Parler servait-il donc à donner la vie ? Ce n’était pas certain. Autour de moi, les gens parlaient du matin au soir, sans que cela ait des conséquences aussi miraculeuses. »

Certaines n’avaient jamais vu la mer, Julie Otsuka, éd. 10/18, 139 pages 💙💙💙

Titre : Certaines n’avaient jamais vu la mer (The Buddha in the Attic)
Auteur : Julie Otsuka
Editeur : éditions Phébus / éditions 10/18
Date de publication : 2011 (VO) – 2012 (VF)
Langue originale : anglais (USA)
Genre : Contemporain – Témoignages
Nombre de pages : 139
Prix littéraires : Prix Fémina étranger, PEN/Faulkner Award
Mon avis : Pas mal, 2,5/5 💛💛

Ce roman a pour but de témoigner de la vie de ces femmes japonaises ayant tout quitté pour épouser un japonais installé depuis quelques années aux Etats-Unis. Dans l’espoir d’une vie meilleure, elles s’embarquent à bord d’un navire qui les emmènera, en ce début de XXe siècle, vers un pays dont elles ne connaissent presque rien sur base de photographies et de lettres échangées avec de quasi inconnus.

Ce court livre est un roman choral mais pas de ceux qui alternent les points de vue des personnages à chaque début de chapitre. C’est un roman choral car un vrai choeur s’élève pour témoigner des expériences multiples, entremêlant le récit de la découverte d’une culture inconnue et celui des désillusions engendrées par un mariage arrangé.

La particularité de ce livre, c’est sa narration en « nous » sous forme d’énumération, dans le but de témoigner de toutes les vies de toutes ces femmes. C’est, selon moi, ce qui fait sa force mais aussi sa faiblesse. Si la démarche et le style sont très intéressants, la lecture de ce roman m’a semblée difficile car trop répétitive. Le livre se divise en huit chapitres : « Bienvenue, mesdemoiselles japonaises ! », « La première nuit », « Les Blancs », « Naissances », « Les enfants », « Traîtres », « Dernier jour » et « Disparition ». Chaque thème est abordé de la même façon : une énumération de moments, d’anecdotes, toutes différentes, qui nous font saisir l’horreur de certaines situations et, immédiatement après, la chance que d’autres ont eue en rencontrant un homme bien et en vivant une vie décente. Les récits s’entremêlent sans qu’on ne puisse jamais se fixer sur l’un deux ; les voix se croisent en donnant une ampleur à notre perception de ce monde. Mais en même temps, ces voix m’ont parfois lassée lors de ma lecture et finalement, je me demande si j’ai été suffisamment touchée car il n’y a aucune attache, aucun personnage principal, personne à qui se raccrocher. Trop de noms, trop de faits, trop de situations. Et c’est une volonté de l’autrice.

A propos de la technique narrative qu’elle nomme « la voix du nous » et de l’émergence de l’idée de ce roman, je vous conseille de regarder cette courte vidéo-interview.

Le début du roman a fait écho, pour moi, à la nouvelle Les marieuses de Chimamanda Ngozi Adichie, lue en février et dont je vous parlais ici. Le thème est similaire : une jeune nigériane, mariée de force à un américain, se trouve confrontée à la découverte d’une culture radicalement différente de la sienne dans laquelle elle est obligée de s’intégrer sans broncher. J’avais adoré ce récit justement grâce à la proximité émotionnelle que l’on développe directement avec l’héroïne.

Ici, on est plongés dans une toute autre façon de raconter l’Histoire. Le roman se poursuit en évoquant la vie de ces enfants d’immigrés au début du XXe siècle puis, bien sûr, la guerre qui éclate et ses conséquences. Ces dernières parties, dont l’une est contée, non pas par le choeur des japonaises mais par celui de leurs voisins américains fréquentant les mêmes magasins et les mêmes écoles, m’ont bien plu car elles donnent une sorte de renouveau au souffle de cette narration saccadée.

Ce roman fut, pour moi, très long et lent à lire malgré son petit nombre de pages, car sa narration particulière m’a demandé de le lire par petites étapes, mais j’ai découvert grâce à lui une partie de l’Histoire que je ne connaissais pas.

Extrait :
« Ce sont leurs femmes qui nous ont enseigné les choses dont nous avions le plus besoin. Comment allumer la cuisinière. Comment faire un lit. Répondre à la porte. Serrer la main. Ouvrir un robinet, car beaucoup d’entre nous n’en avaient jamais vu de leur vie. Comment répondre au téléphone en ayant l’air gaie alors qu’on est triste ou en colère. Comment cuire un œuf. Peler une pomme de terre. Mettre la table. Préparer en six heures un dîner pour douze personnes comportant cinq plats différents. Comment allumer une cigarette. Faire des ronds de fumée. Friser ses cheveux pour ressembler à Mary Pickford. Comment nettoyer une tache de rouge à lèvres sur le col de la chemise blanche préférée de votre mari alors que ce n’est pas votre rouge à lèvres. »


Et voilà, c’est la fin des escapades au Japon ! J’espère que ça vous a plu ! Si vous souhaitez découvrir des romans plus épais, des BD, des mangas ou des albums pour enfants, allez donc jeter un coup d’œil à mes précédents articles sur le sujet :

• [Avis lecture – Romans] Escapades au Japon (30 mars 2017)

• [Littérature de jeunesse] Escapades au Japon (2 avril 2017)

• [Avis lecture – Manga] Escapades au Japon (5 avril 2017)

[Avis lecture – BD] Escapades au Japon (7 avril 2017)

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8 réflexions au sujet de « [Avis lecture – Romans ] Escapades au Japon en moins de 200 pages »

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  5. Très jolie liste. Je n’ai lu que Soie (que j’avais aimé) et Métaphysique des tubes, que j’avais aimé aussi. Un des meilleurs d’Amélie Nothomb, je pense. Et, j’ai très envie de lire : certains n’avaient jamais vu la mer.

    Aimé par 1 personne

  6. Bonjour,
    Je viens de lire le premier tome des sagas: Au coeur du Yamato et Le poids des secrets d’Aki Shimazaki que je ne peux que te conseiller 😉
    J’ai déjà lu Métaphysique des tubes (je suis assez d’accord avec toi concernant ce livre) et Soie (que je n’ai pas vraiment apprécié malheureusement…) mais je me laisserais bien tenté par la saga d’Aki Shimazaki et aussi par Certains n’ont jamais vu la mer
    En tout cas bel article 😉

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