[Challenge février 2017 : Petit mois, petites lectures] Romans de science-fiction de moins de 200 pages

Bonjour à tous !

Dans le cadre du challenge Petit mois, petites lectures, qui consiste à lire des livres de moins de 200 pages (de préférence au format poche) tout au long du mois le plus court de l’année, j’ai lu en février trois courts romans de science-fiction dont je vais vous parler dans cet article.

La science-fiction a, depuis ses débuts, un lien privilégié avec la nouvelle et le récit court. Mais on a aujourd’hui plutôt l’habitude de lire des œuvres en plusieurs tomes ou des pavés de 600 pages, que ce soit en young adult (je pense à tous ces cycles de dystopies) ou pour un public plus mature. Voici quelques romans de moins de 200 pages, à lire en deux jours ou en une après-midi.

Dans cet article, je vous parlerai de :

Mes lectures de février :
– Acide sulfurique d’Amélie Nothomb 💛💛💛💛
– L’une rêve, l’autre pas de Nancy Kress 💛💛
– L’homme qui mit fin à l’histoire
de Ken Liu 💛💛💛💛💛

Autres romans lus précédemment :
La machine à explorer le temps d’H.G. Wells (lu en 2002 ou 2003) 💛💛💛
La planète des singes de Pierre Boulle (lu en 2015) 💛💛💛
Palimpsestes de Charles Stross (lu en 2016) 💛😕

J’espère que vous trouverez dans l’un de ces romans de quoi réfléchir, de quoi vous évader ou de quoi vous divertir en quelques heures !

Légende

 Pas aimé 😕
 Bof 😕💛
 Pas mal 💛💛
 Bon roman 💛💛💛
 Très bon roman 💛💛💛💛
 Coup de cœur 💛💛💛💛💛

Acide sulfurique d’Amélie Nothomb, 213 pages

212 pages

212 pages

 

Titre : Acide sulfurique
Auteur : Amélie Nothomb
Editeur : Le livre de Poche
Date de publication : 2005
Langue originale : français (Belgique)
Genre : Roman – Science-fiction – Dystopie
Thèmes : Télé réalité – Camps de concentration

Mon avis : 💛💛💛💛

D’Amélie Nothomb, j’avais déjà lu Les Combustibles, puis, il y a quelques mois, Stupeur et tremblements, et j’ai vu une adaptation théâtrale d’Hygiène de l’assassin. Pour continuer ma découverte de l’auteur, j’ai choisi ce roman parce qu’il s’agit d’une dystopie et que le genre m’intéresse beaucoup.

Ce livre, c’est exactement à quoi je m’attendais en connaissant Nothomb : cynique, efficace, percutant, sans fioritures, allant droit au but.

Je suppose que c’est mon amour pour le genre dystopique qui fait qu’il m’a beaucoup plus touchée que Stupeur et tremblements, même si on y retrouve des thèmes semblables (humiliation, déshumanisation). D’aucuns pourraient trouver le récit particulièrement dérangeant mais je pense que c’est justement le but recherché. Et comme la violence n’est pas montrée crûment, il m’a semblé moins dérangeant, justement, que d’autres livres sur le sujet.

 

Il est évident que ce roman aurait pu contenir plus de choses – plus de descriptions, plus de suspens – et être plus creusé, car les 212 pages sont très aérées, pleines de mini chapitres et de dialogues. Mais j’ai la sensation que ce que Nothomb fait, c’est de nous donner du contenu brut sur lequel réfléchir. Elle ne donne ni à ses personnages ni à son narrateur le rôle de tenir un « discours sur » cette horreur. Cela peut paraître déroutant mais personnellement ça me plait beaucoup. Maintenant, je trouve que les dialogues auraient pu être plus travaillés et que l’héroïne manquait d’une petit quelque chose qui la rende parfaitement crédible et attachante. Elle était un peu trop parfaite à mon goût.

 

J’ai bien aimé la façon dont sont traités d’un côté la réaction des médias et des téléspectateurs et de l’autre ce que vivent les personnages qui sont au cœur de l’action. Cela m’a fait penser au superbe La nuit des temps de René Barjavel. Petit coup de cœur aussi pour les prénoms des personnages, Panonnique et Zdena, qui ont une grande importance dans le récit et dont l’originalité m’a plu.

 

Cette œuvre se rapproche plus de la fable que du roman et je pense que si on la lit comme telle, elle répondra à des interrogations très actuelles qui mêlent notre histoire pas si ancienne que ça (camps de concentration, totalitarisme, déshumanisation, violence gratuite) et les dérives des nouveaux médias (téléréalité, course à l’audience, voyeurisme). À lire si ces sujets vous intéressent !

 

L’une rêve, l’autre pas, Nancy Kress, 143 pages

 

143 pages

143 pages

Titre : L’une rêve, l’autre pas
Auteur : Nancy Kress
Editeur : ActuSF (Hélios)
Date de publication : 2004 (VO), 2012 (VF)
Langue originale : anglais (USA)
Genre : Roman – Science-fiction
Thèmes : Manipulations génétique – Société

 

Mon avis : 💛💛

 

J’ai choisi de lire ce roman pour trois raisons. Tout d’abord, j’ai trouvé le titre particulièrement poétique et intriguant. Ensuite, il a reçu un prix l’année de ma naissance (prix Nébula du meilleur roman court en 1991), ce qui le faisait rentrer dans l’une des catégories du Défi lecture 2017 auquel je participe. Enfin, lorsque je suis allée en librairie pour acheter tout à fait autre chose, je l’ai trouvé mis en avant dans les « coups de cœur des libraires ». Autant de bonnes raisons pour commencer ce court roman de science-fiction dont je trouvais pourtant l’illustration de couverture particulièrement laide mais dont la lecture de la quatrième de couverture m’avait convaincue.

 

J’aurais dû lire encore une toute petite chose avant de commencer ma lecture : le titre original. Le titre français m’a induite en erreur et j’en suis vraiment déçue ! Car désormais, je sais que j’aurais lu le roman avec une toute autre perspective en connaissant son véritable titre. Le roman s’appelle Beggars in Spain, ce qui signifie à peu près « Mendiants en Espagne ». Alors, je sais bien que ce titre n’est pas du tout vendeur, mais de là à le changer en L’une rêve, l’autre pas, il y a un monde. Ces deux titres n’ont absolument rien à voir : l’un évoque la relation entre deux soeurs que tout oppose tandis que l’autre nous évoque notre impact dans la société… Et le roman prend rapidement la seconde optique.

 

Le titre français fait référence à la relation entre les sœurs : l’une a été modifiée génétiquement et n’a aucun besoin de sommeil, l’autre est une enfant comme vous et moi. Lors de la naissance des jumelles, Leisha est la 21e américaine modifiée génétiquement de cette façon. Au fil des années et comme aucun symptôme néfaste ne semble altérer la santé de ces Non-dormeurs, ils sont plusieurs centaines. Tout au long de ce court roman, on va suivre la vie d’enfant puis d’adolescente et enfin de jeune adulte de Leisha et d’Alice. Le titre français et le début du roman nous font penser que le point de vue va rester focalisé sur la relation entre les deux sœurs, leurs ressemblances, leurs différences, leurs rêves (au sens propre comme au sens figuré) et la relation avec leurs parents (qui ont décidé de faire de l’une d’elle un génie génétiquement modifié tandis que l’autre n’était pas désirée). Mais ce n’est pas de cela dont veut nous parler l’auteur.

 

Prenons maintenant le titre anglais. On quitte la sphère familiale et on se retrouve soudain dans une optique plus globale. C’est à l’échelle de la société tout entière que nous allons envisager la question de la modification génétique. Et c’est en effet plutôt vers cette optique que se tourne le roman, en se posant des questions pertinentes comme la peur de l’altérité, le rejet de la différence, la place des minorités dans la société, le communautarisme, l’individualisme ainsi que l’envie d’aider les plus démunis (d’où le titre anglais). La relation entre les deux sœurs est très vite mise de côté.

 

J’ai beaucoup apprécié le fait que le roman nous pousse à réfléchir par le biais de plusieurs personnages attachants, par contre j’ai eu comme un goût de trop peu, ce qui est souvent ma crainte lorsque je lis des romans très courts, et elle s’est malheureusement avérée ici. Il y avait encore tellement de sujets à traiter, mais surtout de sujets évoqués à développer. Les nombreux personnages secondaires ne sont qu’effleurés. Finalement, on ne connaît que Leisha et sa personnalité optimiste et bienveillante (elle m’a d’ailleurs un peu fait penser à Pannonique dans Acide Sulfurique, notamment parce qu’elles pensent souvent différemment des autres personnes qui sont dans la même situation qu’elles), mais on ne sait presque rien d’Alice, sa sœur jumelle – celle qui aurait pu faire le lien avec le lecteur car elle lui ressemble – ni des autres Non-dormeurs aux personnalités variées. Tous voient la société dans laquelle ils grandissent et leur « différence » d’une façon singulière et cela aurait été intéressant à développer. J’ai bien aimé le message qui nous parvient à la fin, mais, sur base de cette très bonne idée de départ, j’aurais préféré lire un roman de 400 pages appelé Et les mendiants en Espagne ? plutôt qu’une novella pas assez aboutie à mon goût et dont le titre ne se rapporte qu’aux 30 premières pages. Brillantes premières pages, cela dit, car j’ai été prise dans l’histoire dès les premières lignes et que les aspect techniques de ces modifications génétiques sont très bien amenés.

 

Je pense que mon souhait va peut-être pouvoir se réaliser car j’ai appris que « par la suite, Nancy Kress a étendu cette novella en un roman, Beggars in Spain (dont L’une rêve, l’autre pas ne forme que le premier quart), qu’ont suivi Beggars and Choosers et Beggars Ride, l’ensemble formant le cycle « Sleepless ». » (source : Les critiques de Bifrost). Appel aux éditeurs de SF et aux traducteurs pour nous faire découvrir tout cela !

 

L’homme qui mit fin à l’histoire, Ken Liu, 103 pages
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103 pages

Titre : L’homme qui mit fin à l’histoire : un documentaire
Auteur : Ken Liu
Editeur : Le Bélial’ (Une Heure Lumière)
Date de publication : 2011 (VO), 2016 (VF)
Langue originale : anglais (Chine)
Genre : Roman – Science-fiction – Historique
Thèmes : Histoire – Japon – Chine – Seconde Guerre mondiale – Camps d’expérimentation –Devoir de mémoire
Mon avis : 💛💛💛💛💛

 

Exploratology a encore frappé ! Encore une fois, c’est un coup de cœur ! Pour ceux qui ne le savent pas, Exploratology est une box littéraire à laquelle je suis abonnée depuis plusieurs mois. Je vous ai déjà parlé ici des plusieurs livres découverts grâce à cette box et je continue d’être bluffée par les romans sélectionnés par Marjorie Nguyen.

 

Le livre reçu dans la box de février 2017 (dont vous pouvez voir le contenu sur mon compte Instagram) est un roman tout à fait particulier car il est conçu comme le script d’un documentaire passant sur une chaîne de télévision. On alterne les témoignages, les interviews et les explications des scientifiques, et petit à petit une histoire (ainsi que l’Histoire) prend forme sous nos yeux.

 

Alors certes, les premières pages sont difficiles à lire car très pointues scientifiquement, politiquement et historiquement. Certes, le format du documentaire est un poil déroutant au début. Certes, il s’agit plus d’un récit historique que sciencefictionnesque. Certes, il touche plus l’intellect que l’émotionnel. Certes, il y a des passages où les âmes sensibles devront s’abstenir. Mais bon sang quel roman brillant ! J’ai tout simplement adoré. Je pense que ce qui m’a le plus touché c’est la confrontation des points de vue ainsi que le lien fait entre cette invention révolutionnaire permettant de remonter dans le passé et l’archéologie. Et, en plus de toute cette réflexion, on a aussi des personnages touchants qui font de cette succession d’interventions de divers intervenants un récit poignant dont la fin nous touche et nous bouleverse.

 

Un seul bémol : ma méconnaissance de cette partie de l’Histoire, qui a fait que souvent, j’ai confondu le rôle des acteurs chinois et celui des japonais du début du XXe siècle. Je ne savais plus tout à fait qui était qui, car tout cela n’est expliqué que très rapidement au début. Par contre, cette méconnaissance de notre passé a aussi été un point fort de ma lecture car cela m’a permis de découvrir l’existence de l’unité 731 et des atrocités qui ont été perpétrées en Mandchourie pendant la guerre. En effet, cette œuvre historico-science-fictionnesque est basée sur des faits réels et utilise le prétexte des avancées scientifiques pour nous faire revivre en direct des évènements d’une grande cruauté.

 

Le récit, ni trop long, ni trop court, est une réflexion sur la place de l’Histoire dans notre société, la volonté de « vérité historique » (recherchée de toutes le façons possibles) et l’impact du passé sur les générations futures. Un très bon roman. Un sujet difficile, mais brillamment traité.

 

D’autres romans de science-fiction de moins de 200 pages :
La machine à explorer le temps d’H.G.Wells (1895) : mon tout premier roman de science-fiction. Je l’ai lu quand j’avais 10 ou 11 dans son édition illustrée chez Folio Junior.  Je ne m’en souviens pas vraiment mais je sais qu’il s’agit d’un classique du genre. Il est possible qu’il ne s’agisse pas du texte intégral mais je n’en ai vu la mention nulle part.  Je ne suis pas certaine d’avoir tout compris à l’époque mais certaines images m’ont bouleversée et le principe même d’une machine pour explorer le temps m’avait fascinée. Et puis, il est fort probable que ce soit ce livre-là qui m’a donner envie de découvrir d’autres récits du genre. Alors, rien que pour ça, je vous le conseille !
Mon avis : 💛💛💛

 

La planète des singes de Pierre Boulle (1963)  : ce sont probablement les adaptations cinématographiques qui sont plus connues que le roman mais personnellement, je n’en ai vu aucune. La raison pour laquelle j’ai voulu lire ce livre, c’est parce qu’à la fin de mon édition de La nuit de temps de René Barjavel (que j’ai relu en mai 2015), il y avait extrait de ce roman. Le style m’a plu de suite et, comme j’étais à la recherche d’auteurs francophones de SFFF, il m’a semblé que c’était une parfaite idée de lecture. J’ai beaucoup aimé ce roman, j’ai passé un très bon moment en le lisant (presque d’une traite), même s’il m’a manqué ce petit quelque chose qui fait que ce n’est pas un véritable coup de cœur. Et, comme d’autres classiques de la science-fiction, je l’ai trouvé un peu « daté » pour plusieurs aspects. Mais je vous le conseille ! La fin est excellente : tout à fait prévisible et en même temps pas du tout, elle nous incite à reconsidérer tout ce que l’on vient de lire.
Mon avis : 💛💛💛

 

Palimpseste de Charles Stross (2009) : mon avis est beaucoup plus mitigé pour celui-ci. Je l’ai lu il y a une an et je me souviens l’avoir trouvé un poil confus et surtout bien trop court au vu de l’ambition de ce récit. L’idée : une organisation venue du futur tente de préserver l’humanité en donnant pour mission à des agents de sauver le monde à chaque catastrophe provoquée – ou non – par l’homme. On suit les aventures de l’un de ces agents qui va devoir, à l’instar d’un Marty McFly, sauver l’histoire de sa famille en récupérant un passé « effacé » malencontreusement. Le sujet était très prometteur, le livre ambitieux, mais malheureusement, malgré quelques très bons passages, je n’ai pas accroché avec ce roman. Il a de nombreux thèmes communs avec L’homme qui mit fin à l’histoire dans ses réflexions sur le passé et ce que l’homme a le droit d’en faire ; le sujet est traité d’une façon plus romancée et probablement plus accessible, mais je l’ai trouvé bien plus abouti chez Ken Liu.
Mon avis : 💛😕

 

Bref, quand certains auteurs arrivent à nous bluffer, à nous captiver, à nous surprendre et à nous faire réfléchir en à peine 150 pages, d’autres peinent à doser leurs récits ambitieux et nous laissent avec un sentiment de trop peu malgré les bonnes idées contenues dans leurs romans. C’est pour cette raison que je suis toujours un peu sceptique face à des récits très courts. J’espère que mes avis vous auront permis d’y voir un peu plus clair dans vos choix.

 

Bonnes lectures et à bientôt ! 🙂

 

Et vous, quelles sont vos mini romans de science-fiction préférés ?
Avez-vous lu les livres dont j’ai parlé ici ?

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3 réflexions au sujet de « [Challenge février 2017 : Petit mois, petites lectures] Romans de science-fiction de moins de 200 pages »

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